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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 23:50

Marie Magdeleine, 900 Kilos, Maria, 80 kilos, et les autres. Elles ont l’airain solide et sont toujours prêtes à partir à la volée. Elles bénéficient du plus beau point de vue sur la ville.
 

L'envol du bourdon

Il y a environ mille ans, l’on reconstruisait la cathédrale de Moûtiers de style roman lombard. Parmi les choix architecturaux, l’on décidait alors d’entourer cette cathédrale de quatre clochers. Deux, dont les bases subsistent, encadrent le chœur et les deux autres se trouvaient à l’avant des nefs latérales. Il n’était, bien sûr, pas question de doter l’ensemble de ces clochers, un seul devait accueillir les cloches annonçant les messes, carillonnant baptêmes et mariages et tintant le funèbre glas.
    Ces trois clochers vides furent au moins l’occasion de créer un mauvais calembour : « Moûtiers a quatre clochers, trois sans (trois cents) cloches ! ».
    Dans l’éphéméride campanaire peu de renseignements. Tout au plus la catastrophe de la Fête Dieu 1552 qui vit la mort du gros bourdon qui ne pesait pas moins de 37 quintaux. Un accident fatal pour les gens de son espèce : une fêlure qui le brisa net.

 

    L’histoire des cloches est liée à celle des horloges. C’est dés 1420 que l’on installa une horloge à la cathédrale de Moûtiers. Cela montre que Moûtiers était dans l’air du temps puisque les principales villes européennes se dotèrent d'horloges publiques dans le demi-siècle qui précède l’installation moûtiéraine.

On peut signaler que dans les archives communales a été précieusement  conservé un acte du 28 février 1420 par lequel Révérend François Bermond, prêtre de Saint Pierre, était spécialement chargé de remonter l’horloge. Cela méritait bien un acte écrit puisqu’il devait accomplir cette tâche quotidiennement. Cela supposait donc rémunération : on lui offre la jouissance d’un pré et, par la suite, on y ajoutera un modeste salaire.
    Dans la série des petits métiers disparus, il faut donc ajouter aux sonneurs, les remonteurs d’horloges.

 

L'envol du bourdon

Dans les clochers savoyards, il est un nom qui reste à tout jamais maudit, c’est celui d’Albitte. En effet, ce représentant en missions, responsable révolutionnaire dans les départements de l’Ain et du Mont Blanc avait décrété, en 1794, que tous les clochers devaient être rasés. Ces bâtiments étaient pour notre Robespierre savoyard d’une hauteur insolente qui heurtait la bienséance démocratique. Quand la démocratie ne veut voir qu’une tête, il n’y a plus qu’à raser,  faire fondre les cloches et récupérer les cordes pour la marine.
    Dans chaque paroisse, on n’autorisa que la conservation d’une petite cloche pour le tocsin. Mais dans de nombreux lieux, les révolutionnaires ne purent jamais emmener les autres cloches. Soigneusement cachées par les gens du lieu, les cloches attendirent des temps meilleurs et l’on se contenta de répondre aux émissaires d’Albitte que les cloches avaient du partir à la volée !
    A Moûtiers, il ne put en être ainsi. La présence du pouvoir central a effectivement entraîné la destruction des quatre clochers, qui en tombant sur la cathédrale démolirent la charpente qui, elle-même, entraîna l’effondrement des voûtes. Quant aux cloches moûtiéraines, elles prirent le chemin des fonderies de l’Etat.
    Après la reconstruction de la cathédrale, vers 1830, il ne fallut pas moins d’une trentaine d’années de palabres entre les autorités religieuses et la municipalité pour qu’un clocher puisse être reconstruit et doté de nouvelles cloches.

 

L'envol du bourdon

Le clocher de Moûtiers culmine à 30 mètres, ce qui équivaut à la hauteur d'un immeuble de la taille des "Cimes", c'est-à-dire une dizaine d'étages, mais, bien sûr, sans ascenseur ! Allez rencontrer les cloches cela se mérite.

L'envol du bourdon
L'envol du bourdon

Un dernier effort ...

L'envol du bourdon

    En 1861, grâce à la célèbre maison Paccard, on place dans le clocher moûtiérain la doyenne. Cent cinquante quatre ans de bons et loyaux services malgré un certain embonpoint puisqu’elle ne pèse pas moins de 900 kilos. C’est le bourdon, qui donne un do dièse, et qui répond au doux nom de Marie Magdeleine.

L'envol du bourdon

En 1878, notre bourdon peut annoncer la naissance d’une petite sœur, un poids plume de 80 kilos : Ave Maria.

L'envol du bourdon
Marie-Magdeleine et Ave Maria

Marie-Magdeleine et Ave Maria

Après la Première Guerre mondiale, le 25 mai 1919, sous l’impulsion de Mgr Termier, trois nouvelles venues : elles sont dédiées au Sacré Cœur, aux Anges gardiens et à tous les Saints.  Époque oblige, l’on grave sur l’une d’entre elles : je chante la Victoire de la Paix.
    La dernière-née est une jeunette de 64 ans. Le 17 septembre 1950 fut en effet un grand jour pour le clocher. Une date révolutionnaire. En effet, grâce à l’entreprise Chevalier, les cloches sont électrifiées. Les Quasimodo moûtiérains en ont fini de leur travail harassant, depuis ce jour il suffit d’appuyer sur un bouton pour que tout se mette en branle.
    La maison Paccard en profite pour refondre l’une des cloches qui s’accordait mal avec le carillon et pour installer la cadette qui répond au nom de Cécile Germaine. Son parrain fut Monsieur Joseph Viguier et la marraine Madame Germaine Bernard Granger.
    Par la suite, comme en de multiples domaines, l’informatique a trouvé place. Depuis quelques années, une horloge permet de déclencher automatiquement certaines sonneries, le dimanche en particulier. De petits programmes ont également permis de mettre en mémoire quelques carillons.
    Ainsi va la vie des cloches, témoins de leur époque et mémoires de l’histoire des individus et des communautés.

 

L'envol du bourdon

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