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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 23:44

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Il suffit parfois d’une photographie pour qu’un monde oublié resurgisse à la mémoire. A Moûtiers, l’avenue de la Gare victime de bouchons, c’est une réalité que l’on connaît bien lors des transhumances touristiques hivernales. Mais la même avenue encombrée par des moutons, le spectacle est devenu plus insolite. Et pourtant, tout cela ne nous ramène qu’à une quarantaine d’années de notre 21ème siècle.
La photographie a été prêtée par Madame Julie Ulliel de Saint Laurent de la Côte. Les animaux, moutons, chèvres, ânes et chiens, qui viennent d’arriver à la gare de marchandise avaient embarqué en Avignon. Dans un premier temps, ils prenaient la direction de la montagne de Lachat, au-dessus de Saint-Laurent de la Côte. Vers la fin juin, l’herbe se faisant plus rare en cet endroit, le troupeau se dirigeait sur l’alpage de la Moindraz, alpage de la commune de Saint Martin de Belleville. Là les animaux demeuraient quasiment jusqu’aux premières neiges et, dans la seconde quinzaine d’octobre, c’est le trajet inverse qui s’effectuait en direction d’Avignon via la gare de Moûtiers.
Cette transhumance ferroviaire marquait un indéniable progrès puisque, pendant les années sombres, de 1943 à 1945, la transhumance de ce troupeau avait du se faire à pied. A l’époque le troupeau se rendait dans une montagne des Allues et il ne fallait pas moins d’un bon mois pour accomplir le périple Avignon – Les Allues.  Au retour les choses se compliquaient encore à cause de l’agnelage des brebis qui retardait le rythme du déplacement. Le trajet prenait alors une quinzaine de jours de plus.

Une société organisée

 

La photographie permet de retrouver de nombreux détails. Marchant devant le troupeau, on reconnaît Raymond Ulliel et Louis Démaria. Entre les deux pasteurs, on voit un beau bélier. Celui-ci répondait au nom de « Cadet » et l’on sait bien qu’en toute manifestation il faut des meneurs. Tel était le rôle de Cadet, le « bélier meneur » qui était capable de donner le bon tempo au troupeau en imposant un rythme que tous pouvaient suivre.
Sur l’un des côtés l’on aperçoit Coco et Nénette, les deux ânes. Grâce au bât qu’ils  portent sur le dos, ils peuvent transporter le matériel nécessaire à l’estive. On remarquera aussi quelques chèvres de la race Rove. La Rove est une chèvre avec un très bon sens de l'orientation, elle était donc utilisée pour mener les troupeaux de moutons par les bergers transhumants. Les bergers profitaient également de son caractère très maternel afin d'élever les agneaux orphelins ou dont la mère n'avait pas suffisamment de lait.
Sur le bitume moûtiérain, ce sont ainsi de longues vacances alpines qui s’inaugurent. On sait en effet que la période où les bovins sont à l’alpage est une période de 100 jours alors que l’estive ovine dure plus de quatre mois.
Cette traversée de la ville était l’occasion pour les gamins moûtiérains d’une parenthèse festive. Ils étaient en effet nombreux à venir tourner autour des wagons, aider à la descente des moutons et à accompagner le cortège des « estivants » durant les premières minutes de ce déplacement vers le festin alpin.
La photographie ne permet peut-être pas de bien se rendre compte du nombre de bêtes. Les insomniaques pourront toujours essayer de compter ! Toujours est-il que le troupeau de Raymond Ulliel et Louis Démaria  totalisait environ 1 200 têtes.

Les temps changent


Le fait qu’un photographe se soit déplacé pour saisir cette scène est déjà un indice du fait qu’elle devenait quelque peu insolite. L’environnement confirme bien qu’un nouveau monde va remplacer celui des transhumances au long des chemins tarins. Les stationnements réservés pour les taxis et surtout les importants travaux d’agrandissements qui se font en gare au moment où la photographie est prise sont les signes du fait que d’autres transhumances vont mobiliser les énergies de la région. Un nouveau monde apparaît, un monde « à l’envers » par rapport à notre troupeau : aujourd’hui les chemins des « estivants » se dirigent vers le sud alors que la gare de Moûtiers connaît une grande activité grâce à des « hivernants » qui vont bien vers les alpages mais pour y goûter d’autres joies que celle qu’éprouva tout là-haut la brave petite chèvres de Monsieur Seguin : « Et quelle herbe ! Savoureuse, fine, dentelée, faite de mille plantes... C'était bien autre chose que le gazon du clos. Et les fleurs donc !... De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux … »

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Published by musee-moutiers - dans Archives photographiques
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