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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 01:02

Le sabot a sans doute été la chaussure la plus portée dans les campagnes. Ces chaussures de bois se retrouvent, avec quelques variantes, dans toutes les provinces. Le mot est d’origine picarde et les linguistes pensent qu’il s’agit d’un « mot valise », fruit de la contraction de « savate » et de « bot » (la forme ancienne de « botte ») d’où sa-bot.
Mais, au sud de la Loire, il faut plutôt parler « d’esclô », terme que l’on retrouve dans la plupart des patois méridionaux et qui renvoie au vieux français « esclop ». Les plus réputés des sabots étant ceux du limousin et l' on peut terminer ce voyage linguistique en disant, qu’en argot, les sabots s’appellent « les escarpins du Limousin ». Autre belle expression argotique, « les souliers en cuir de brouette ».

Les gestes du sabotier
On a utilisé de multiples bois pour faire les sabots. Dans notre région, les plus employés étaient le hêtre (encore appelé fayard), le bouleau, et le pin qui donnait des sabots très légers. On peut encore citer le noyer et l’érable plane qui était le bois souvent utilisé par les boisseliers des Bauges.
Le sabotier commence à dégrossir la bûche de bois dans laquelle il va faire naître le sabot en s’aidant d’une petite hache et d’une herminette. Puis il s’installe sur un banc qui lui sert d’établi, le billot ou plot de sabotier. Sur ce billot,  un anneau permet de fixer les paroirs. Ce sont de grands couteaux qui vont précisément servir à donner au sabot sa forme extérieure. Des paroirs spéciaux sont utilisés pour certaines parties, par exemple la talonnière dont le nom explique la fonction.
Une fois l’extérieur taillé, il faut creuser. Pour cela le sabotier va utiliser les tarières, cuillers et gouges. Enfin, les boutoirs permettent de donner un fini impeccable faisant que l’intérieur du sabot soit bien lisse et ne risque pas de blesser le pied avec des échardes oubliées.
Cette litanie d’outils et d’opérations ne laisse pas de place à l’improvisation. L’art du sabotier est un art aux gestes codifiés et économisés.  Pour faire un bon compagnon sabotier, pas moins de six ans étaient nécessaires, un des temps les plus longs pour un apprentissage ; le bon compagnon se reconnaissant au fait qu’il pouvait réaliser jusqu’à cinq paires de sabot en une journée.

La galoche
Cependant, le génie créatif de l’homme, et plus particulièrement du montagnard, inventa mieux que le sabot car si celui-ci a des avantages indéniables, en particulier maintenir le pied à l’abri du froid et de l’humidité, sa rigidité présentait des inconvénients en pays de montagne. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi on les garda plus longtemps dans la Bresse qu’en Savoie ou en Dauphiné. En montagne, on a préféré la galoche.
On s’interroge sur l’origine linguistique du terme. Certains veulent le rattacher à « gallicana », pour en faire une chaussure des anciens gaulois. D’autres qui, linguistiquement parlant sont sans doute plus proches de la vérité, font remonter la galoche au latin populaire « galopia », lui-même décalqué du grec « kalopous » qui signifie pied de bois. Le patois « sôcà » renvoie au vieux français « socques » (= brodequins).
L’ancêtre des galoches sont les chaussures à patins que portaient les paysans du moyen âge : il s’agissait d’une épaisse semelle de bois que l’on attachait au pied par des lanières, le pied étant mis dans des chaussures basses, des chaussettes très épaisses.

 

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Les manufactures
Les galoches combinent les avantages de la semelle du sabot, renforcée et protégée par des clous et de la souplesse de la chaussure. Leur fabrication est attestée dés le 15ème siècle à Romans et à Bourg de Péage où l’on trouve des corporations de « sabatiers et regrolleurs ». Dans cette région où cet artisanat fut très prospère, le travail s’organisait autour de petits ateliers qui préparaient le cuir et débitaient le bois pour les semelles. Les ouvriers venaient alors s’approvisionner et faisaient le montage chez eux.
Si Romans et Bourg de Péage restèrent des centres importants pour les chaussures, vers la fin du 18ème siècle, c’est Saint Symphorien d’Ozon qui devient le grand centre galochier (entre Lyon et Vienne, près de Givors). Cela vaudra à cette commune, au moment de la Révolution, en un temps où l’on débaptisa de nombreux noms de cités faisant référence aux saints, d’être appelée « Chausse Armée » ; l’armée révolutionnaire étant bien sûr chaussée de galoches.
Au 19ème siècle, c’est surtout la Savoie et le Dauphiné qui vont devenir de gros producteurs. Les galoches étant ensuite vendues en France par des colporteurs. Au 19ème siècle, on appelle d’ailleurs souvent les galoches, « des savoyardes ».
Ce développement permettant des exportations sera aidé par la mécanisation : des machines sont inventées pour fabriquer plus rapidement les semelles. Au début du 20ème siècle, la Manufacture de Bois de Galoches Pellarin Frères, à Cognin, emploie une trentaine d’ouvriers et fabrique, chaque année, environ trois millions de paires de semelles. A Albertville, la Manufacture de Galoches Gaillard Mercier  fonctionnera jusqu’en 1951.

Les galochiers de village
Mais ce qui fait l’intérêt de la fabrication des galoches, ce ne sont pas ces manufactures mais les galochiers de village : agriculteurs, comme leurs concitoyens, ces artisans assuraient une bonne partie de la demande locale.
Pour comprendre leur travail, présentons d’abord la galoche : la semelle est donc en bois. On utilise le noyer, l’érable plane et le hêtre. Les deux premiers étaient particulièrement recherchés étant des bois légers et « chauds ». Le prix élevé du noyer et la raréfaction de l’érable plane, ont conduit progressivement à l’utilisation du hêtre.
Sous cette semelle, l’on va donc placer de gros clous rayés, « les taches », qui faisaient le bonheur des enfants lorsqu’ils sautaient sur des pierres en faisant jaillir des étincelles, mais aussi leur malheur, le soir venu, lorsque le père de famille vérifiait l’état des clous.

 

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Pour fabriquer la semelle, le galochier utilise les mêmes outils que le sabotier : hache, herminette, paroirs maniés sur le billot. Ensuite le galochier devait assembler les différentes parties de la tige (le haut de la chaussure) : les quartiers et les oreilles. Pour faciliter ce travail, le galochier utilise des formes : des objets en bois qui ont la forme du pied et sur lesquels il peut monter la tige aux bonnes dimensions.

 

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Des chaussures économiques
Tout l’art du galochier consistait dans l’utilisation la plus économique du cuir : pour cela il s’agissait d’abord de faire en sorte qu’il y ait le moins de chutes possibles en plaçant au mieux les différents éléments. Mais, même les inévitables déchets devaient servir. On profitait des petits ronds de cuir pour extraire « les gleitailles », c’est-à-dire les lacets. Pour cela on utilisait un petit tranchet que l’on piquait dans le morceau de cuir et l’on faisait tourner celui-ci lentement afin de constituer progressivement le lacet.
Les galoches nous montrent un type de fonctionnement économique bien éloigné du nôtre.  Aujourd’hui, le bon objet est celui qui ne dure pas trop longtemps. Il faut bien que l’industrie fonctionne et que l’on produise, et donc consomme, régulièrement. Autrefois, le bon objet était celui que l’on pouvait garder le plus longtemps possible. Pour cela, l’on n’hésitait pas à faire réparer. Des galoches, rapiécées de toute part, en sont bien la preuve.

La vieille dame aux galoches
Une vieille dame, à qui l’on demandait à quel moment elle avait arrêté de porter des galoches, répondit : « jusqu’au moment où elles ont commencé à faire du bruit ». Quand tout le monde portait des galoches, personne ne les entendait. Le jour où la vieille dame fut la dernière, le bruit des galoches devint infernal, d'autant plus que les chemins du village avaient été enrobés et que la vieille dame devait persister à les parcourir dés l’aurore au grand dam des adeptes de la grasse matinée.
La dernière heure de la galoche avait sonné.

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Published by musee-moutiers - dans Pour préparer la visite
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commentaires

Marie-Libellule 14/08/2014 20:28

Merci pour cet interessant article! Je possède un abécédaire ancien d'une petite fille née en 1885 dont le papa, né en 1862 à Montseveroux en Isère était galochier...comme son père avant lui.

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