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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 00:26

On ne saurait imaginer la Tarentaise sans sa star à la robe froment et aux yeux maquillés de noir. Mais une rumeur parcourt notre vallée : la tarine, notre Miss Tarentaise, était-elle bien ainsi autrefois ? L'enquête mérité d'être menée.

Comme dans toute bonne enquête, il importe d’abord de bien préciser l’identité des protagonistes. "Tarine" ou "Tarentaise" ? Le site officiel de l’UPRA (Unité de promotion de la race) Tarentaise dit : « C’est la seule race française à posséder 2 noms : la Tarentaise, son nom officiel, et la tarine, comme l’appelle les initiés ». Donc si vous êtes un officiel, vous direz « Tarentaise ». Si vous êtes un initié, vous continuerez à dire « Tarine » comme on le disait naguère.
Que sait-on du personnage ? L'hypothèse la plus plausible attribue l'origine zootechnique de la Tarentaise à un croisement entre les deux souches « Bos taurus Jurassicus » et « Bos taurus Alpinus », toutes deux provenant de populations fauves ou brunes venues du continent Indo-Asiatique à travers l'Europe Centrale. Sans doute est-ce de l’ancêtre de notre tarine dont parle Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle lorsqu’il écrit : « Dans les Alpes, les vaches ont beaucoup de lait, bien que leur taille soit très petite ».

L’enquête débute à Moûtiers
 

 

C’est en 1863, que la race est mentionnée pour la première fois. La première description précise est faite deux années plus tard, en 1865. On  distinguait à l'époque deux sous-catégories : un rameau gris dit « à poils tarins », dans la région de Moûtiers, composée de 20 000 têtes, et un autre, dans le Beaufortain, rouge froment et brun.
C’est le Congrès de Moûtiers de 1866 qui a fixé les premiers éléments de sélection de la race Tarentaise, ouvrant la voie à la création du premier « Herd-Book Tarentais » en 1888. L’Herd-Book étant le registre officiel qui constate pour les bestiaux, comme le « stud-book » pour les chevaux, l'origine des individus de bonne race. Il y a en France une commission officielle du herd-book attachée au ministère de l'Agriculture. Il est intéressant de revenir à ce texte, et, à partir de lui, de relire la littérature consacrée à la tarine dans les décennies qui ont suivi car on se rend compte que, au moins sur un point, la tarine « standard » pour nous aujourd’hui n’est pas vraiment celle de 1866. En effet, le texte moûtiérain dit :
« 1° Le mâle dans la race tarentaise, comme cela arrive dans quelques autres races pures, diffère légèrement par la couleur du pelage de la femelle.
2° Le taureau tarin a une robe d'un gris blaireau, plus ou moins foncé, passant le plus souvent au fromenté sur les côtes ; ceux d'un gris clair sont préférés.
3° Le gris passe au gris noir à la hauteur de l'épaule et se prolonge sur toute la partie inférieure du corps de l'animal, ainsi que sur le cou et les joues ;
4° Chez la femelle, la robe est rarement grise, c'est pourtant un caractère de grande pureté de race, et dans ce cas, le gris prend une teinte légèrement foncée à la hauteur de l'épaule, comme nous l'avons indiqué pour le taureau ; mais généralement la vache de la Tarentaise est fauve ou mieux d'un froment gris tout particulier, qui n'appartient à aucune autre race ;
5° A part cette différence dans la teinte de la robe des mâles et des femelles, les autres caractères se trouvent reproduits sur tous les animaux de cette race ;
6° La race tarine présente, sans exception, chez tous les sujets purs les caractères suivants : le tour des yeux, l'extrémité des cornes, le sabot, la couronne, le bus du fanon le bout de la queue, l'ouverture de l'anus, la partie inférieure du scrotum chez les mâles, les parties génitales chez les femelles sont noires, plus ou moins mêlés de poils gris pour les parties velues. Le nez est aussi noir, cerclé de poils blancs ;
7° En général, les animaux de cette race ont la charpente osseuse assez développée, le corps ramassé, les jambes courtes, les jarrets larges et droits, la côte ronde, le ventre assez gros, la queue un peu relevée, l'encolure moyenne, le fanon détaché et légèrement descendu, la tète courte, le front large, les oreilles velues, le nez, droit, les cornes bien posées, blanchâtres et fines à leur base, les yeux grands et doux, la peau dure au toucher, garnie de poils longs et touffus à la descente des montagnes, devenant souple après un séjour prolongé dans la plaine ».
Ce qui est intéressant c’est donc qu’à la base la robe de la tarine est grise et, même si l’on reconnaît que beaucoup de femelles sont froment, le texte insiste à plusieurs reprises sur le gris comme caractère d’une plus grande pureté.  
Si l’on lie cela à la remarque faite précédemment, on serait tenté de dire que l’on a sans doute, sinon deux races, du moins deux variantes : l’une qui semble plus répandue en Tarentaise vers 1865 : la robe gris blaireau et l’autre, variété du Beaufortain, avec sa robe froment.

Rebondissement albertvillois

 
Trente ans plus tard, la tarine a changé de robe et c’est la variante beaufortaine qui a pris le dessus. En effet, en 1897, il y a un congrès à Albertville. Le congrès veut lever un objet de polémique : le texte officiel est celui de Moûtiers et l’on ne trouve quasiment plus une seule tarine gris blaireauté. Toutes les tarines sont devenues froment. On en vient donc à un texte extrêmement condensé :
«  La robe dans la race de Tarentaise est de couleur froment, ni trop foncée ni trop claire chez le mâle, un peu plus claire chez la femelle ».
 

 

Le troisième congrès sera celui de Bourg Saint Maurice en 1920. Un demi-siècle s’est donc écoulé depuis les premiers textes. Le congrès de Bourg, c’est d’abord une opération d’appropriation puisque c’est là qu’apparaît la notion de « berceau de la race tarine ». Puisque l’on est à Bourg Saint Maurice, l’on décrète que le berceau c’est donc … Bourg Saint Maurice ! On revient aussi sur la couleur pour s’accorder sur un « fauve froment ».
Là encore il faut faire une sorte de parcours géographique en pensant que les alpages du Beaufortain et ceux de Haute Tarentaise sont souvent dans le même espace et qu’il est donc facile d’y faire des croisements. La question à se poser serait donc : est-ce que la variante beaufortaine de la vache tarine n’a pas pris le dessus, par « adaptation », (c’est un terme du congrès de Bourg), en particulier avec une forte implantation en Haute Tarentaise qui, avec le temps, est devenu le berceau de la race, mais selon des critères qui se sont imposés peu à peu ? 

Une star mondiale
A partir de cette période, la tarine s'est rapidement développée dans toute la Savoie, puis sur l'ensemble des Alpes et, plus tard, à travers les massifs montagneux français : des Pyrénées aux Vosges en passant par le Massif Central.
A l'étranger aussi, elle est très vite appréciée. Durant les années 60-70, de nombreuses exportations furent réalisées vers les pays du Maghreb et l'Amérique du Nord. La Tarentaise figurait alors parmi les races les plus exportées de France.
Depuis 1974, l'UPRA regroupe tous les partenaires de la race : éleveurs, centre de production de semences, utilisateurs (centres de mise en place, filières). Et, en 1992, on a logiquement créé la Fédération Mondiale de la race Tarentaise, rassemblant l'ensemble des professionnels de la race Tarentaise dans le monde entier.

Que conclure de notre enquête ? D’abord on aura remarqué que la sous-catégorie proprement de Tarentaise, le rameau gris « à poils tarins », ou blaireauté, que l’on trouvait en 1865 dans la région de Moûtiers, n’est plus aujourd’hui dans la définition du standard (« Robe fauve uniforme »). C’est le rameau Beaufortain qui a pris le dessus. On nous a donc changé la tarine. Mais une star qui change de robe, il n’y a rien de bien extraordinaire !

 

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Published by musee-moutiers - dans Pour préparer la visite
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