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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 21:47

La venue d'une délégation des soeurs de Saint-Joseph du Brésil au musée des Traditions Populaires (16 mai à 10 heures), est l'occasion de rappeler comment les liens se sont noués entre la Tarentaise et les provinces du Parana et du Rio Grande do Sul.

 

Les sœurs de Saint Joseph ne sont pas un ordre missionnaire à part entière comme le sont les prêtres des Missions Etrangères ou les Pères Blanc. Mais au 19ème siècle tous les ordres religieux vont avoir une activité missionnaire. Qu’il s’agisse de s’implanter dans des colonies du pays de la Maison Mère ou bien dans d’autres pays, c’est un vaste mouvement qui consiste à porter le christianisme dans ces régions où il était peu, ou même pas, implanté et en même temps cela se traduit souvent par des œuvres sociales : éducation et santé essentiellement. On peut y voir un simple accompagnement du colonialisme mais les choses sont souvent plus complexes.
Les sœurs de Saint Joseph ne sont donc pas, à priori, un ordre missionnaire mais le Père Médaille avait insisté dans ses Constitutions pour dire que l’on ne pouvait pas définir a priori les tâches des religieuses. Il fallait avoir suffisamment de souplesse  pour s’adapter aux besoins réels du moment. Les sœurs de Saint Joseph ont donc assez naturellement accepté que le fait de partir à l’étranger puisse être, à un moment donné, une exigence de la mission. Les sœurs de Moûtiers débutent cette activité en 1854 avec un départ pour les Etats Unis.

En 1894, Monseigneur de Camargo est le premier évêque de Curityba au Brésil (diocèse de Parana). Il charge un ami, le Père jésuite Jean Marie Cyber, de lui procurer des religieuses françaises pour l’hôpital de sa ville.
Le Père jésuite connaît les sœurs de Saint Joseph de Chambéry qui sont déjà installées dans l’Etat de Sao Polo depuis 1858. La Supérieure de Chambéry décline l’offre et elle l’a transmet à Mère Adèle qui est la Supérieure Générale de Tarentaise et qui accepte, voyant là une occasion un peu providentielle.
En novembre 1895, l’offre est précisée, le cahier des charges restant toutefois relativement vague : on attend 5 ou 6 religieuses et 2 aumôniers et on s’engage financièrement sur la prise en charge du voyage Le Havre - Paranagua (le port le plus proche de Curityba).

 

Les cinq religieuses qui se portent volontaires sont :
- sœur Marie Joseph, Marie Alice Jacquier de Marthod,
- sœur Cécile, Marie Françoise Mermoz, de Bozel,
- sœur Marie Lucie, Jeanne Marie Rolland de Pralognan,
- sœur Marie Françoise, Victoire Michel de Pussy,
- sœur Flavie, Anne Marie Virginie Borlet d’Hautecour.

Quant aux deux prêtres, ce sont :
- L’abbé Anxionnaz de Bourg Saint Maurice, qui avait déjà été missionnaire à la Martinique,
- L’abbé Lassiaz d’Esserts Blay, qui était curé de Celliers.

 

La caravane quitte Moûtiers le 23 juin 1896. Première étape, Paris, avec arrêt à la chapelle et dans la salle des martyrs des Missions Etrangères. Cela met dans l’ambiance ! 2nde étape, le Havre. Là nos braves sœurs sont confrontées pour la première fois de leur vie à un plat de crevettes. Moment d’angoisse – elles l’expliquent dans leur récit de voyage -, car elles n’ont aucune idée de la manière dont on peut manger ces petites bêtes. Pas rancunières, et sans doute satisfaites, elles en font envoyer une pleine caisse à la Maison Mère de Moûtiers.
Le 28 juin, elles embarquent sur le Macédonia, un navire allemand. Un mois de traversée avec une mer démontée et, en plus, la cuisine allemande dont elles semblent avoir plus souffert encore que de la tempête. Résultat : tout le monde est malade pendant un mois !
Le 28 juillet, arrivée à Paranagua. Il leur reste 117 kilomètres à parcourir pour rejoindre Curityba. Le trajet se fait en chemin de fer. Là les religieuses découvrent leur terrain d’apostolat, la Santa Casa da Misericordia, c’est-à-dire l’hôpital. Elles découvrent un monde peu accueillant : pas d’eau courante, pas même un lavoir, pas de fourneau pour la cuisine, pas de toilettes, pas de tables de nuit, très peu de draps, et, en tout et pour tout, 12 serviettes à l’usage des médecins.  Elles découvrent surtout un autre rythme de vie dont elles se plaignent dans leurs courriers : tous les travaux se font avec une lenteur qu’elles jugent désespérante.
La réalité que découvrent les deux prêtres n’est guère plus enthousiasmante. Dans tout le diocèse de Parana, il y a l’évêque, le curé de la cathédrale qui est aussi sénateur et qui passe donc une bonne partie de son temps à Rio, un prêtre allemand qui fait fonction de Vicaire Général et un prêtre polonais. C’est tout.

Il faut mettre tout cela en perspective avec ce qu’ils viennent de quitter, la Tarentaise de 1896.
La Tarentaise d’alors a un peu plus de  56 000 habitants, c’est-à-dire moins que la seule population de Curityba et à peu près le dixième de la population du Parana. Dans ce même diocèse de Tarentaise, il y avait alors 142 prêtres en activité, dont 109 occupés au service paroissial. Donc un prêtre pour un peu plus de 500 habitants. Au Parana, en comptant les deux prêtres tarins, on a un rapport qui est de l’ordre de 1 prêtre pour 100 000 habitants. Donc un prêtre du Parana a un potentiel de fidèles 200 fois plus important qu’un prêtre de Tarentaise. Imaginons le changement pour le Père Lassiaz qui avait été curé de Celliers !
Les besoins étaient donc immenses.

Un second départ de religieuses de Moûtiers eut lieu huit mois plus tard ; 6 nouvelles religieuses, parties cette fois de Bordeaux en février 1897, allaient rejoindre les cinq premières.

 

Quelques mois plus tard, une nouvelle demande devait parvenir à la Maison Mère de Moûtiers. Elle émanait du Père Raphaël, provincial des Capucins de Savoie. Ceux-ci venaient de fonder une mission brésilienne dans le Rio Grande do Sul, en particulier dans une ville maintenant bien connu, Porto Alegre. Porto Alegre, c’était à peu près 70 fois la population de Moûtiers, c’est-à-dire que cette ville représentait, à elle seule, 3 fois la population du diocèse de Tarentaise.
Mère Adèle répondit d’abord négativement, la fondation du Parana était encore jeune, en pleine organisation. Mais le Père Raphaël revint plusieurs fois à la charge et, en 1898, il obtint enfin une réponse positive. Les sœurs de Saint Joseph de Tarentaise avaient désormais deux fondations au Brésil.
Le premier départ se fit de Bordeaux, le 22 novembre 1898. Ce fut le départ le plus important puisque devaient partir un prêtre, l’abbé Jean Michel, de Pussy, et 12 religieuses : 8 pour rejoindre leurs sœurs du Parana et 4 pour la nouvelle fondation du Rio grande.
Ces quatre religieuses sont :
- Sœur Marie Paula, Marie Clotilde Dunand, de Marthod,
- Sœur Azélie, Benoîte Diorcet, de Conflans,
- Sœur Clotilde, Marie Françoise Zaberer, d’Albertville,
- Sœur Dorothée, Marie Elisabeth Pachod, de Saint Bon.

Avec ce départ, on découvre les rudes conditions auxquelles les religieuses étaient soumises. Il ne s’agit pas là uniquement d’un problème de mal de mer. Les problèmes se posent au moment de l’installation. Dés le mois de janvier  1899, c’est-à-dire à peine quelques semaines après leur arrivée, sœur Dorothée décédait, suivie, le 6 mars, par sœur Marie Paula, responsable de la communauté de Porto Alegre qui décédait du typhus.
 Cela nous met devant la réalité. Les conditions de vie dans ces pays de missions n’avaient rien de comparable avec ce que les religieuses connaissaient ici, en Tarentaise, même si leur vie était relativement austère. Il y  avait le changement climatique bien sûr, il y  avait des conditions d’alimentation et d’hygiène qui devenaient extrêmement plus précaires et il y avait ces foyers épidémiques dont l’Europe s’était en grande partie libérée.
C’est donc 50 % de la première communauté du Rio grande qui avait été décimés en l’espace d’un trimestre.

Pourtant cela n’empêcha pas les choses de se développer. Prenons trois points de repère :
- 1907, c’est  l’année du décès de Mère Marie Adèle, un peu plus de dix ans après les premiers départs. En 11 ans, 78 religieuses et 5 prêtres de Tarentaise avaient rejoint le Brésil. La Province brésilienne comptait alors plus de 150 religieuses, ce qui signifie donc que le noviciat local avait formé plus d’une centaine de religieuses durant cette décennie. Chaque fondation avait alors une dizaine d’établissements à sa charge, des hôpitaux et des collèges.
- 1927, nous sommes donc trente ans après les débuts, le nombre d'établissements est passé à 34 et les religieuses sont 388.
- 1957, soixante ans après la fondation, les maisons brésiliennes sont au nombre de 76 entre le Parana et Rio Grande et les religieuses sont plus de 1 100, soit 6 fois plus nombreuses que les religieuses de Saint Joseph qui sont alors en Tarentaise.

 

Aujourd'hui il n'y a plus de religieuses de Saint Joseph en Tarentaise et c'est le Brésil qui vient nous visiter. Le musée contribuera à faire connaître à ces religieuses quel était l'environnement des premières missionnaires.

 

1.JPG

 

Vers 1900, religieuses de Tarentaise dans le Rio Grande du Sud.

 

2.JPG

 

La mission brésilienne, moment essentiel de l’histoire des sœurs de Saint Joseph de Moûtiers. 23 juin 1896 : 5 religieuses et 2 prêtres quittent Moûtiers pour rejoindre Curitiba au Brésil (diocèse du Parana).

22 novembre 1898 : 4 religieuses quittent Moûtiers pour rejoindre Porto Alegre au Brésil (Rio Grande du Sud).
Autour de Mère Saint Jean, religieuses de Tarentaise et du Brésil devant la statue du Christ Rédempteur de Rio de Janeiro.

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Published by musee-moutiers - dans News
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commentaires

Buthod 30/09/2015 23:56

Aimerait adresse curitiba sœur St Joseph pour avoir info sur sœur julia partie de tarentaise la bas qui je crois a fait beaucoup de belles actions la bas je suis de sa famille cordialement

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