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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 20:48

 L’organisation de grandes foires et marchés est l’une des constantes de l’histoire de Moûtiers. Idéalement située à la rencontre de quatre vallées, la cité moûtiéraine a été le témoin de ces grands rassemblements, non seulement économiques, mais aussi festifs que furent ces grandes foires d’antan.
 

 

L’historien Dominique Margairaz a défini les grandes lignes d’une typologie des réseaux de foires et marchés. Son propos montre que, dans la plupart des régions, on a choisi un bourg, c’est-à-dire une cité avec des commerçants et des artisans, distant des extrémités du « pays » de 3 ou 4 lieues, si possible « à un carrefour de plusieurs routes en croix » pour en faire le rendez-vous, autrefois extrêmement important, des foires et des marchés, c’est-à-dire une interface entre la nécessité d’écouler les produits locaux et de s’approvisionner en produits « exotiques ».
Moûtiers ne saurait mieux répondre à cette définition. En effet, la cité a toujours abrité bon nombre de commerces et d’artisanat divers. C’est bien un carrefour de plusieurs routes en croix puisque les géographes ont défini la ville comme le cœur de " l’X tarin", c’est-à-dire le point de rencontre de la Basse Tarentaise, Haute Tarentaise, Vallée des Belleville et du Val Bozel. Enfin, si l’on traduit la distance de 3 ou 4 lieues en kilomètres, on obtient une distance de  13 à 18 kilomètres. C’est la distance à laquelle se situent des bourgs comme Bozel, Saint Martin de Belleville, Aime ou Cevins. Ces communes délimitant l’aire à l’intérieur de laquelle se trouve la clientèle potentielle pour les marchés. La clientèle des foires pouvant provenir d’une aire beaucoup plus large comme nous le verrons.

De vieux textes nous parlent des foires.
 

 

Les foires, et les grandes foires en particulier, sont donc l’une des constantes de l’histoire moûtiéraine. En effet, l’un des textes les plus anciens, que les archives communales possèdent au sujet des foires, est daté du 2 février 1287. Par ce texte, le comte de Savoie Amédée V prenait l’engagement, pour lui-même et ses successeurs, de ne laisser établir aucune foire et marché qui fassent concurrence à ceux de Moûtiers. Et cela dans une aire allant d’Aime à Conflans.  Seul pourrait subsister le marché de Salins qui était alors la cité dans laquelle la Maison de Savoie avait établi les représentants de son pouvoir.
S’il était besoin d’une autre preuve de l’importance des foires moûtiéraines, l’on pourrait citer un acte de 1766, remarquant que l’affluence des étrangers était telle lors des foires, que la sécurité y était difficile à assurer. On prend alors la décision d’organiser une compagnie de trente bourgeois, c’est-à-dire d’habitants propriétaires moûtiérains, afin d’assurer des patrouilles lors de ces foires. Une telle mesure traduit bien l’afflux de population que représentaient ces rassemblements. 

Le calendrier des foires.
Les foires venaient rythmer l’année. Dans les froidures hivernales, il faut d’abord citer le Marché des Rois qui se déroulait début janvier. Puis trois grandes foires marquaient l’arrivée du printemps et l’entrée dans la période estivale : la foire des Rameaux, la Foire de Pentecôte et la foire de la Saint Pierre. Chacune de ces foires avait son « retour », c’est-à-dire – généralement une semaine ou une quinzaine plus tard, une seconde foire de moindre importance.
La descente des troupeaux de l’alpage était marquée par la plus grande foire de l’année, la Foire de la Croix ainsi dénommée car elle se tenait vers le 14 septembre, date à laquelle l’Eglise célèbre l’Exaltation de la Sainte Croix.  On entrait à nouveau dans le cycle hivernal avec la  Foire dite de Saint Crépin (fêté le 25 octobre) qui prendra plus tard le nom de « foire froide ». L’évocation de saint Crépin, patron des cordonniers, est l’occasion de dire l’importance de ce corps de métier dans le Moûtiers d’autrefois. En effet, un recensement effectué en 1789, nous révèle qu’il y avait à Moûtiers pas moins de 26 cordonniers, galochiers et sabotiers et un savetier, soit le quart des artisans alors recensés dans la cité.

La ville devient un champ de foire.
Moûtiers possédait deux  halles, la halle grenette qui se trouvait à l’emplacement de l’actuelle place Grenette, et la halle mercière, au sommet de la Grande Rue, face à la cathédrale. La première était le cœur économique de la ville puisque l’on y vendait le grain qui était alors une denrée essentielle dans une économie agricole. La seconde permettait la vente des tissus et autres objets de mercerie. C’était des lieux permanents qui connaissaient déjà une belle affluence lors des marchés. Signalons encore que, de la fin du 19ème siècle aux années 1950, Moûtiers eut son marché couvert, sur l’actuelle place du Marché. Un marché couvert digne des halles parisiennes puisque ayant, lui aussi, une structure métallique.
Mais l’intérêt des grandes foires citées tenait dans le fait que c’est toute la ville qui devenait un champ de foire. Le lieu principal était le Pré commun. On désignait ainsi le champ de foire, là où l’on installait les animaux, en particulier les bovins.
Le premier pré commun moûtiérain se trouvait à l’emplacement de l’actuel Square de la Liberté. C’est un lieu qui se situait hors de la limite des anciens remparts, c’est-à-dire dans une zone peu urbanisée mais, en même temps, à proximité du grand chemin qui desservait la Haute Tarentaise. Donc le lieu présentait deux atouts essentiels pour ces grands rassemblements d’animaux : la facilité d’accès et de la place.

Promenade dans les quartiers.  
Le  Pré commun était donc le point principal, mais ensuite les vendeurs se répartissaient dans les différents quartiers de la ville. Autour de l’église Sainte Marie (actuelle place Aristide Briand) : le bois pour les constructions et les ardoises. On retrouvait des marchands de bois sur la petite place qui en a gardé le témoignage en s’appelant toujours la Pace du Marché au bois.  Devant l’archevêché, on trouvait les œufs, le laitage, le beurre et les fromages, les poissons, l’huile. On voit que la place a donc toujours la même vocation avec les marchés qui s’y tiennent les mardis et vendredis. Cet espace était complété par le haut de la Grande Rue où l’on trouvait les fruits et légumes, le gibier, les volailles et le miel.
Il faut encore citer le bas de la Grande Rue où se trouvait la boucherie, au sens traditionnel du terme, c’est-à-dire les abattoirs. On y vendait donc la viande que l’on venait de débiter. Les marchands d’onguents prenaient également place en cet endroit. Le Pré commun, outre les animaux, accueillait encore les marchands de vin. Enfin, l’actuelle Place du Vieux Pont s’appelait alors la Place des Galochiers car c’est là que l’on pouvait trouver chaussure à son pied avec la présence de tous les cordonniers, galochiers et sabotiers.

Le Grand Pré commun.
Vers le milieu du 19ème siècle, les pourtours du Pré commun s’étant urbanisés, avec en particulier des hôtels et auberges réputés, ainsi que les relais des diligences, il fallut trouver un autre champ  de foire. On se dirigea plus au nord, au pied du coteau d’Hautecour. C’est le champ de foire qui a été utilisé jusqu’au début des années 1960. L’avenue du Pré de Foire a été inaugurée le 12 septembre 1890.
Ce champ de foire est lié, dans les mémoires, à la célèbre Foire de la Croix dont nous possédons un certain nombre de témoignages photographiques. Il y a un peu plus d’un siècle, le « Journal d’Albertville et de Moûtiers » dressait un bilan de la Foire de la Croix du 12 septembre 1903. Le journaliste signale que plus de 200 wagons, transportant en moyenne 20 bêtes, ont transité par la gare de Moûtiers, une gare alors âgée d’une dizaine d’années. 4000 bêtes ont donc transité par la gare, mais le journaliste ajoute qu’il faut compter encore environ un millier de bêtes qui sont venues ou reparties de Moûtiers par les cols de l’Iseran, du Bonhomme, du Cormet, de la Vanoise, des Encombres ou de la Madeleine. Il concluait, « le nombre de bovidés a été environ de 5000 à Moûtiers ».
Le détail de ces cols empruntés par les vendeurs et acheteurs est capital, il nous rappelle tout d’abord l’importance, autrefois, des transits par le sommet des montagnes. Il nous montre aussi, d’une manière éloquente, le rayonnement de cette foire moûtiéraine qui avait un retentissement dans une bonne partie des Alpes françaises.

La fête moûtiéraine.
Ces quelques notes éparses sur les foires moûtiéraines seraient bien incomplètes si l’on ne signalait enfin que ces rassemblements étaient l’occasion d’un moment de fête. Ces jours là, auberges et cafés ne désemplissaient pas. On discutait, on chantait dans une sorte de Babel où se mélangeaient tous les patois des vallées.
Notre langue a gardé un témoignage de cet aspect : aujourd’hui encore, « faire la foire » ne témoigne pas que d’une activité économique mais de ce besoin qu’à l’homme de faire la fête.


 

Foire de la Croix 1904

 

 

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