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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 20:55

Prolégomènes à toute muséographie

 

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 Qu’est-ce qu’un musée ?

Un musée est toujours animé par deux missions fondamentales :
- Collecter afin de sauvegarder le patrimoine.
- Mettre en discours ce patrimoine afin de le rendre accessible aux visiteurs.
Le musée est donc un intermédiaire entre une histoire et un territoire et des visiteurs. Le but de la muséographie est de favoriser la rencontre entre ces individus, le territoire et l’histoire, c’est-à-dire des hommes et des femmes que l’on qualifie de « visiteurs » et des hommes et des femmes que l’on qualifie « d’acteurs d’une histoire ».

Le travail de collecte du Musée des Traditions populaires de Moûtiers a commencé en 1996. Le territoire concerné est celui de la vallée de la Tarentaise. C’est un territoire qui a connu de profondes mutations au cours du 20ème siècle : exode rural, installation d’industries dans les vallées et, surtout, révolution du tourisme hivernal. Tout cela a entraîné le risque d’une disparition rapide du patrimoine lié à la civilisation agropastorale alpine et aux activités artisanales. Deux facteurs expliquent ce risque :
- les individus en changeant d’activités ne se reconnaissent plus dans les cadres anciens et l’on se défait des outils, meubles, vêtements, etc. qui caractérisaient ce cadre ancien,
- une mode de l’objet d’art populaire a fait entrer celui-ci dans des circuits marchands pour des amateurs éclairés ou simplement à des fins décoratives, risquant de priver le grand public, voire la région qui a vu naître ces objets, de leur découverte.
Il était donc nécessaire d’œuvrer rapidement.  Aujourd’hui, les collections du musée comportent environ un millier d’objets avec des fonds cohérents (l’outillage d’une ferme des Chapelles en Haute-Tarentaise, l’outillage d’une ferme de Saint Bon dans le Val Bozel, la collection Kowal qui a pu être acquise grâce à une participation du Conseil Général, des objets divers qui permettent d’illustrer toutes les facettes de cette vie d’autrefois). Le grand nombre d’objets entrés par voie de dons témoigne de l’adhésion de la population locale à la démarche entreprise.   
La collecte des objets s’est accompagnée du travail indispensable de la connaissance des objets :
- Réalisation de fiches pour chaque objet, 

- Constitution d’un fond photographique (en complément des fiches d’identification mais aussi en collectant des photographies anciennes et cartes postales),
- Collecte de témoignages auprès des témoins de cette civilisation agropastorale alpine ou des formes traditionnelles de l’artisanat. Recension des études permettant d’éclairer les différents aspects abordés par le musée.

 Qu’est-ce qu’un musée des Traditions populaires ?

Lorsque l’on utilise l’étiquette « musée des traditions populaires », l’on sait, en gros, ce qui va être proposé autour de deux axes :
- une certaine pérennité qui fait que l’on passe du factuel à la tradition,
- une culture partagée par le plus grand nombre qui la fait qualifier de « populaire ».

Il est bien difficile, à partir de ces éléments, de tracer des frontières et de dire ce qui doit figurer ou ne le doit pas dans un musée de ce type. Il a semblé préférable de partir d’une définition très large : le musée accueille et présente tout ce qui permet de mieux connaître la vie d’autrefois sur un territoire qui est celui de la vallée de la Tarentaise.

 Qu’est-ce qu’un musée des Traditions populaires à Moûtiers ?

La conception d’un musée des traditions populaires à Moûtiers est liée à la place historique et géographique de la ville : Moûtiers est la capitale historique de la Tarentaise ; trois composantes la caractérisant au cours de son histoire : une vocation religieuse inscrite dans le nom même de la ville qui s’est construite autour de l’ensemble cathédrale – archevêché, une vocation artisanale dont on trouve encore trace dans les noms de certaines rues et places des vieux quartiers, et enfin une vocation commerciale avec, en particulier, les foires, la grenette et les Salines Royales. La géographie fait de Moûtiers le point de rencontre des vallées de la Tarentaise.

 

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A partir de ce constat quelques axes s’imposaient :

- il y a eu au cours des siècles une identité tarine, pas seulement liée à des découpages administratifs ou religieux, qu’il importe de présenter d’une manière globale,
- cette identité s’est forgée dans un contexte rural : agriculture de montagne, élevage bovin et fabrication de certains fromages, vignobles d’altitude …,
- elle est également inséparable de certaines pratiques artisanales : métiers permettant cette pratique agricole, sabotiers et galochiers, potiers, travail du bois, travail du chanvre, de la laine …,
- elle est enfin liée, d’une part à une forte organisation communautaire avec ses institutions villageoises, ses bâtiments publics … et d’autre part à une forte imprégnation religieuse se traduisant par des réalisations, sinon spécifiques, du moins très présentes, à l’instar du courant baroque post-tridentin .

C’est un très vaste chantier muséographique qui  pouvait être ouvert, chacun de ces axes pouvant conduire à de multiples ramifications.

Quelques constats s’imposaient : sur le territoire de la Tarentaise, le projet ne prenait pas corps dans une zone « désertique » du point de vue des musées. D’une part des établissements spécialisés existent ou sont en projet ; d’autre part, des « petits musées » existent ou existeront, liés à un projet local, faisant revivre des lieux, traditions, bâtiments … liés à un village particulier.
Un créneau restait disponible : donner une vision d’ensemble de cette civilisation rurale en Tarentaise – d’où l’organisation du musée autour d’espaces thématiques, certains d’entre eux renvoyant à une découverte beaucoup plus approfondie dans une autre commune de Tarentaise, tout en privilégiant certaines de ces thématiques pour lesquelles le musée peut devenir, au fil des années, un lieu de référence.

Le projet était donc de faire du musée moûtiérain un lieu à l’image de la ville, c’est-à-dire un point central, à partir duquel une mise en réseau puisse s’effectuer en direction des différents projets ou des différentes réalisations muséographiques de Tarentaise.

 Un musée des Traditions populaires à Moûtiers, pour quel(s) public(s) ?

Le Musée des Traditions populaires de Moûtiers a souhaité, dés sa création, s’ouvrir à un large public. Les publics visés sont donc multiples :
- Enfants et jeunes qui viennent soit individuellement (cadre familial), soit en groupes (classes savoyardes, classes de neige, classes vertes, classes de découvertes, etc.). Le musée a été directement impliqué dans plusieurs projets d’écoles.
- Aînés (ils constituent l’une des principales clientèles groupes du musée),
- Touristes qui entrent dans le musée soit individuellement (en particulier l’été), soit en visites guidées (produits proposés par l’Office de Tourisme pour une clientèle captive, centres de vacances, etc.  Produits à la journée pour une clientèle Rhône Alpes).
- Public local que l’on va retrouver au musée lors des rendez-vous nationaux du type Journées européennes du Patrimoine, Nuit des musées, Journée du patrimoine de pays, etc. Le public local est également très présent lors des expositions temporaires. A plusieurs reprises, ce public local a été sollicité pour la réalisation de ces expositions temporaires.

 

 

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Des efforts ont tout particulièrement été fait en direction des jeunes publics car, suivant l’adage : « qui peut le plus, peut le moins ». C’est le public qui est sans doute le plus éloigné des réalités évoquées ; si l’on est capable de rendre ce patrimoine parlant pour ces enfants, il le sera pour les autres publics. Les réactions des visiteurs consignées sur un cahier à l’entrée du musée témoignent souvent, et positivement, de cet aspect.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quatre étapes principales ont marqué cette volonté d’une attention soutenue aux jeunes publics :
- 1996 : mise en place, pour les enfants, d’un parcours spécifique avec panneaux adaptés. Ces panneaux sont spécialement réservés aux enfants : placés à une hauteur appropriée, ils comportent des textes simples ainsi que de nombreuses illustrations.
 - 1997 : accueil des premiers groupes scolaires.
- 1998 : le musée est admis dans le dispositif « Itinéraires Historiques » piloté par le Conseil Général de la Savoie. Ce dispositif d’aide aux écoles savoyardes pour la découverte culturelle ne retient que les établissements qui ont déjà fait de réels efforts pour les enfants. Le musée appartient également au réseau « Patrimoine junior » qui, au sein de l’association des Guides du Patrimoine des Pays de Savoie, travaille plus directement à cet accueil des jeunes publics.
- 1999 : mise en place d’un travail en partenariat avec la Maison des Jeux Olympiques d’Albertville et le Garage de l’Electrobus du Villard du Planay ; partenariat qui aboutit à la mise en place du produit « Habiter la montagne ».
 
On peut enfin noter que le musée s’est ouvert peu à peu à des visites guidées pour les groupes d’handicapés. Le musée est accessible aux personnes à mobilité réduite. Des visites ont également été organisées pour les handicapés mentaux.

 

Ces publics diversifiés ont nécessairement influé sur les choix muséographiques, au moins dans deux directions :
- Une présentation qui privilégie l’activité plus que l’objet en lui-même,
- Une mise en scène « ouverte » qui, souvent, permet le toucher de l’objet,


 

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Dans les deux cas, on sort de la muséographie classique qui « chosifiait » l’objet. On privilégie plutôt l’objet en tant que support d’un récit : les objets sont là pour parler d’hommes et de femmes qui témoignent par leur intermédiaire.

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Published by musee-moutiers - dans Histoire du musée
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