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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 23:41

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Les petites écoles

 

Au début du 19eme siècle, on emploie souvent le terme de « petites écoles ». Généralement, une école c’est alors une classe. Au tout début du 19eme siècle, ce sont principalement les garçons qui y ont accès mais de gros efforts vont être faits en Savoie pour permettre la scolarisation des filles. L’Église encouragea cela mais en demandant cependant que l’on veille, là où c’était possible, à la séparation des sexes.
Jusqu’à la Révolution, qui s’introduisit en Savoie en 1792, les membres du clergé étaient très nombreux et il y avait dans un certain nombre de paroisses des « prêtres régents » qui consacraient leur temps à l’éducation des enfants. En l’absence de ces régents, ce sont les curés qui faisaient fonction de maîtres d’école.
    Au dix-neuvième siècle, le nombre des prêtres ayant diminué, on fit appel plus régulièrement à des maîtres laïcs. Bien que l’on exigeât d’eux, à partir de 1814, la réussite à un examen, ces maîtres ne connaissaient souvent que les rudiments à enseigner.

Une manière originale de distinguer la capacité des maîtres consistait dans l’ornement de leur chapeau.
Le maître qui n’avait qu’une plume à son chapeau était capable d’enseigner la lecture.
Celui qui en avait deux, savait enseigner la lecture et l’écriture.
Celui, enfin, qui pouvait arborer fièrement trois plumes, savait enseigner la lecture, l’écriture et le calcul, que l’on appelle dans les textes anciens : « le chiffre ».

« Nos ancêtres analphabètes », voilà encore une idée fausse qui est malheureusement très souvent colportée !
 Il faut d’abord rappeler que même si l’on ne sait pas très bien écrire, l’on peut savoir lire et c’est déjà une ouverture importante dans le domaine du savoir.
 Il faut ensuite rappeler l’origine du mot école. Le mot dérive d’un vieux terme grec qui signifiait « loisir ».
 Cela nous rappelle qu’il faut du temps,     et plus particulièrement du temps libre, pour aller à l’école.  Dans la civilisation rurale, les enfants étaient occupés     très     jeunes à aider leurs parents pour les travaux agricoles (garde des troupeaux).

Dans ce contexte, c’est principalement en hiver, la saison morte, que l’on pouvait aller  à l’école. Un dicton disait : on va à l’école de la Sainte Catherine à la Saint Aubin, c’est-à-dire du 25 novembre au 1er mars. Mais cela variait d’un village à l’autre en ces temps où il n’y avait pas de calendrier scolaire national. Généralement, plus on s’élevait en altitude, plus la période scolaire s’allongeait. C’est bien normal : en fonction de l’arrivée plus précoce ou plus tardive de la neige, on avait plus de loisirs pour aller à l’école. « L’année » scolaire de la plaine ne durait que trois mois ; en montagne, on pouvait aller quatre à cinq mois, chaque année, à l’école. Les petits montagnards étaient donc de bons élèves.

 Une autre raison doit être invoquée. Ouvrir une école a un coût. Le nombre d’écoles était donc fonction de la richesse de chaque communauté. Les communautés de montagne étaient plus riches que celles des fonds des vallées (forêts, alpages …). De plus les communautés de montagne étaient marquées par l’émigration saisonnière. Puisque l’hiver était plus long et plus rigoureux, les hommes partaient durant cette saison pour gagner leur vie à l’étranger. Nombreux étaient ceux qui exerçaient des petits métiers, mais certains pouvaient réussir dans le commerce et lorsque ils rentraient au village, ils avaient pu amasser un pécule non négligeable.

 

Les écoles de latinité

 

Pour bien comprendre ce qu’était une école de latinité, on peut prendre l’exemple de ca qui s’est passé à Hautecour, petite commune surplombant Moûtiers, dans les premières années du 19ème siècle.
En effet, le curé d’Hautecour, Jean Pierre Roux Vollon, avait ouvert dans son presbytère une école de latinité. C’est l’expression par laquelle l’on désigne alors les collèges ruraux. Des écoles de village, mais dans lesquelles l’on apprend le latin. On a donc quelques élèves qui reçoivent un enseignement équivalent à celui qui est donné dans les classes de la 6ème à la  rhétorique des collèges.
On trouvait dans cette école d’Hautecour des enfants des bonnes familles moûtiéraines assis avec des petits tacortains. En 1802, sont assis sur les bancs de ce « collège » d’Hautecour, le futur commandeur Sage, qui sera Intendant général du Duché, le futur chevalier Antoine Avet et son frère cadet, qui sera ministre de la justice de Charles Albert, ainsi qu'André Charvaz, futur précepteur des petits princes de la Maison de Savoie, puis évêque de Pignerol et archevêque de Gênes.
Cela semble tenir de quelques grands lycées parisiens d’avoir une telle concentration de futures notables !

Les collèges

 

Les religieux jésuites ouvrirent de nombreux collèges qui furent des références en matière d’éducation. Même non tenus par les jésuites eux-mêmes, au 17ème siècle de nombreux collèges adoptèrent une organisation des études similaires.
Comment est alors organisé un collège jésuite ? On le sait grâce à un document qui est la Ratio studiorum  (règlement des études de 1586).
Si le cursus est complet, l’on a d’abord les classes de 8ème et de 7ème, que l’on appelle les « basses classes » et l’on désigne les élèves sous le nom « d’alphabétaires ». C’est donc le cycle dans lequel on acquiert les rudiments : lire, écrire et compter. C’est l’équivalent des petites écoles que l’on trouve alors dans de nombreux villages.
Vient ensuite un second cycle allant de la 6ème à la 3ème. Durant ce cycle, deux langues vont être progressivement étudiées : le latin et le grec. Le manuel suivi est généralement celui d’Emmanuel qui a eu une bonne longévité car, utilisé au 17ème siècle, il sera encore recommandé au 19ème siècle.
La progression se faisait avec l’explication des rudiments en 5ème, un aperçu de la syntaxe en 4ème et l’acquisition d’une syntaxe rigoureuse en 3ème. Cet accent sur l’utilisation de la langue, fait appeler ces classes, « classes de grammaire ».
On entre alors dans un troisième cycle qui comprend trois, voire quatre étapes : Humanités, Rhétorique, Philosophie et Théologie.
Les Humanités étaient principalement consacrées à l’étude de l’histoire – avec un accent particulier sur l’histoire de l’Antiquité ne serait-ce que parce que l’on étudiait les auteurs de l’Antiquité – et la poésie. On remarque, même si cet enseignement avait un aspect très répétitif par rapport à ce que le maître pouvait dire qu’il y a cependant une certaine insistance sur la formation du jugement. Comme l’écrivait Montaigne dans ses Essais : « Qu’il ne lui apprenne pas tant les histoires, qu’à en juger ».
L’année de rhétorique est encore appelée « l’année Cicéron » tant cet auteur y tenait de la place, en compagnie de César, Salluste et Tite-Live. Ce que l’on vise ici, c’est donc une parfaite maîtrise du latin  avec acquisition des principes de l’éloquence. La rhétorique c’est l’art du discours et plus précisément l’art du beau discours.
Vient ensuite la philosophie qui dans certains cas pouvait être un cours de trois années. L’auteur privilégié est Aristote, grand philosophe de l’Antiquité grecque qui a été transposé dans l’occident chrétien grâce aux travaux d’un auteur médiéval, saint Thomas d’Aquin, qui est alors le penseur par excellence de l’Eglise. La première année est consacrée à la logique avec l’acquisition des principales formes du raisonnement. La deuxième année est l’année de physique : les sciences font alors partie de la philosophie et c’est le professeur de philosophie qui est chargé d’enseigner des rudiments en physique, astronomie, sciences naturelles, etc. Précisons bien  que ces disciplines sont assez éloignées de la tournure expérimentale qu’elles auront par la suite. La troisième année est enfin celle de métaphysique où le collégien est confronté aux grands problèmes de l’âme, de la liberté et de l’existence de Dieu.
Une dernière année pouvait être consacrée à l’acquisition des bases de la théologie  (science religieuse).
On voit donc que le collège c’est beaucoup plus que nos collèges d’aujourd’hui. C’est un établissement qui emmène les élèves, depuis notre école primaire, jusqu’à un stade qui relève des études supérieures, en passant par le collège et le lycée.

A la fin du 19ème siècle et au début du siècle suivant, la France va être déchirée par une guerre scolaire violente rythmée par différentes lois, dont l’interdiction faite aux religieux d’enseigner.
Jusque là, l’Eglise avait eu le quasi-monopole de l’enseignement ; l’Etat veut prendre le relais en ce domaine.
La guerre est d’autant plus intense qu’il y a de nombreuses ressemblances entre les deux systèmes. D’un côté le catéchisme comme base de l’éducation, de l’autre la morale républicaine. D’un côté l’attachement à l’Eglise, de l’autre à la Patrie. D’un côté, enfin, les religieux, apôtres du savoir, de l’autre, les instituteurs, célèbres « hussards noirs de la République ».

 

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Elèves du Collège - Petit Séminaire de Moûtiers

Année scolaire 1896 - 1897

 

 

 

  

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