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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 21:34

Un portrait de saint François de Sales a été placé dans la salle religieuse du Musée des Traditions Populaires. Cette peinture a été remise au musée par les soeurs de Saint Joseph lorsqu'elles ont quitté la rue du Pain de Mai à Moûtiers, après presque 180 ans de présence en cette ville. Cette présence salésienne à Moûtiers, et plus particulièrement dans l'ancien palais archiepiscopal, nous ramène à une riche histoire.

 

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Saint François de Sales, contemporain de Mgr Anastase Germonio a, en effet, été souvent présent dans le diocèse de Tarentaise.

 
Anastase Germonio est né en mars 1551 dans le Montferrat (François est né en 1567).Lors de ses études de droit à Turin, il eut comme condisciple Antoine Favre qui devint ensuite l'ami de François de Sales. Germonio enseigna ensuite avec éclat à l'Université de droit de Turin et en 1586, le cardinal de la Rovere, archevêque de Turin, l’emmène à Rome, où il tint une place importante comme référendaire auprès du pape. Pendant douze ans, il fut vicaire à la basilique Sainte Marie Majeure, refusant plusieurs évêchés. Il accepta cependant l'archevêché de Tarentaise, où il fut nommé le 12 novembre 1607. Il fit son entrée dans sa ville épiscopale de Moûtiers le 7 octobre 1608. Immédiatement il se mit à visiter les paroisses, organisa un synode avec publication de Constitutions. Malgré un âge que l’on peut qualifier d’avancé pour l’époque (57 ans), il déploya une activité étonnante pour supprimer les abus et faire appliquer dans son diocèse les décisions du Concile de Trente. Le duc de Savoie Charles Emmanuel Ier, lui confia une mission diplomatique en Espagne. Arrivé comme ambassadeur à Madrid en juillet 1614, il en repartit le 3 octobre suivant, mais ne rentra dans son diocèse qu'en août 1616. Le duc l'avait retenu près de lui à Turin. De nouveau en 1618, il repartit pour Madrid, où il resta jusqu’à sa mort en 1627. Cela veut donc dire qu’il fut absent de son diocèse pendant un total de onze années.

Les deux diocèses de Tarentaise et de Genève sont limitrophes dans le Val d'Arly entre Marthod et Ugine et au col de Tamié. Mais les relations de saint François de Sales et de Germonio sont antérieures à la nomination de celui-ci à l'archevêché de Moûtiers.
Germonio connaissait et appréciait François de Sales. C'est lui qui va, de Rome, l'interroger au sujet de l'une des grandes querelles, que l'histoire désigne sous le nom de "Querelle de Auxiliis".
Pour dire les chose rapidement, la question posée depuis longtemps dans l’Eglise était de savoir comment Dieu peut aider, de sa grâce, la liberté humaine à choisir le bien sans supprimer celle-ci et comment, la liberté humaine peut garder, sous la grâce, la possibilité de choisir le mal sans mettre en échec l'aide de Dieu. Luther et Calvin avaient redonné à ce vieux problème une actualité et une acuité particulières. Et en 1588, Molina, théologien jésuite, avait publié sur ce sujet un ouvrage approuvé par l'Inquisiteur du Portugal. Les théologiens dominicains de Salamanque répliquèrent avec vigueur. Thomistes et molinistes s'opposèrent d'une façon violente.
En 1598,la discussion était très vive. Le pape Clément VIII créa à l'intérieur du Saint-Office une Congrégation spéciale dite "De Auxiliis". Ce n'est que en septembre l605 que le pape Paul V décida de consulter sur cet épineux sujet les avis des meilleurs théologiens du temps, qui étaient sommés de se présenter devant la  commission de Auxiliis. Jusqu’au premier mars I606,les champions des thèses adverses s'opposèrent résolument par des "arguments pour et contre qui jamais ont été vus sans que la question fut plus éclaircie et que personne pût revendiquer la victoire".   En plus, la politique s'en mêlait : le roi d'Espagne était pour les Dominicains et Henri IV pour les jésuites.   
C'est dans ce climat délétère que Germonio, familier du pape, eut l'idée de consulter l'évêque de Genève. En fin de 1606, il lui écrivit pour lui demander son avis sur la question. La réponse de saint François a été perdue mais on peut supposer qu’elle contenait en germes ce qu’il écrira, en particulier dans le Traité de l’Amour de Dieu.
Cette réponse fut lue au Pape, Germonio l'atteste dans une lettre et il ajoute qu’elle a vraiment attiré l’attention et elle a été transmise aux cardinaux. Par sa réponse, François de Sales jouait avant tout un rôle de conciliateur montrant que sur une question comme celle-ci, il fallait à la fois tenir l’existence de la grâce divine et l’absolue liberté humaine. Comment cela se conjugue-t-il ? Il y a là un mystère sur lequel il vaut mieux ne rien dire et surtout ne pas s’étriper. C’est assez caractéristique de la psychologie de notre saint qui est souvent, d’abord, un appel au bon sens.
Saint François et Germonio se sont certainement rencontrés à Rome lorsque François de Sales y séjourna de la fin 1598 à la fin mars 1599. Et immédiatement après son arrivée dans son diocèse (octobre l608), Mgr A. Germonio commença la visite des paroisses, bien négligée pour diverses raisons par ses prédécesseurs. Au printemps 1609 l'archevêque se trouvait aux confins de son diocèse, ou à Marthod  près d'Ugine ou dans l'une des paroisses proches du Col de Tamié - Germonio qui raconte l'événement dans ses Commentaires ne précise pas l'endroit. Saint François accourut pour le saluer. L'archevêque fut très touché par cette visite et dans son texte, il qualifie l'évêque de Genève d’élégant et ingénieux homme, docte et pieux et surtout prédicateur du Verbe de Dieu. Après avoir pris le repas ensemble, saint François de Sales invitait l'archevêque Germonio à venir à Annecy.

Lorsque Germonio se vit confier les missions d’ambassadeur, il délégua certains pouvoirs a son Vicaire Général mais, en même temps, il demanda à François de Sales d'exercer les fonctions épiscopales dans son diocèse. Le Vicaire général ne pouvant pas, à cette époque, conférer la confirmation, ni bien sûr ordonner les prêtres ou consacrer une église.
La première occasion se présenta pour la consécration de l'église des Capucins de Moûtiers. En effet, en 1612, ce qui restait du Prieuré saint Alban était cédé aux Capucins, appelés dans le diocèse pour y assurer la prédication lors des Missions paroissiales.
Rapidement, on commença la construction du couvent et, à la fin de 16l4, l'église était achevée. Pour la consécration on fit donc appel à saint François de Sales ; elle, eut lieu le 23 novembre 1614 Une inscription en latin nous le rappelle : « Cette église, dédiée au Dieu très bon et très grand, en l’honneur de la Mère de Dieu et de tous les saints ainsi qu’à la gloire du Bienheureux François d’Assise, et restaurée par les Frères Mineurs Capucins, a été consacrée par l’illustre François de Sales, évêque de Genève le 23 novembre 1614, en l’absence de l’Illustre Anastase Germonio, archevêque de Tarentaise, et avec son consentement ».

 

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Mgr Germonio en parle dans une lettre à son clergé datée de Nice, le 5 février 1615 : « Quant à ce que vous m'écrivez que l'église des Capucins est achevée et que la dédicace en a été faite, j'en ai éprouvé une grande satisfaction, d'autant plus qu'elle a obtenu cet honneur par le ministère du très pieux évêque de Genève, François de Sales, prélat très savant et très vigilant dans l'accomplissement du devoir pastoral. A mon départ, je lui avais donné tous mes pouvoirs, en le priant amicalement de me suppléer au milieu de vous, surtout dans les affaires qui exigent le caractère épiscopal et qui ne peuvent être faites que par les évêques. Il s'en est chargé volontiers et a rempli avec bienveillance ces pénibles fonctions comme je le ferai moi-même si, en son absence, il pensait que mes services lui fussent utiles et qu'il me donnât les mêmes ordres. Plaise à Dieu que l'occasion vienne satisfaire mon désir et qu'il puisse connaître, en en faisant l'expérience, que je n'ai pas moins à cœur ses affaires, que les miennes lui sont chères ; et que je puisse montrer que l'affection constante que je porte à cet illustre ami, dépasse ses appréciations et celles de tous ses admirateurs ».

En retournant de Moûtiers à Annecy, saint François de Sales passa par Conflans. A cette occasion les habitants formèrent le projet d'établir un couvent de Capucins et en décidèrent avec l'assentiment du saint évêque.
 

 

A l'automne 1618, Germonio reçut de nouvelles lettres d'ambassadeur du duc Charles Emmanuel. Il  partit en décembre et ne revint plus en Savoie puisqu'il mourut à Madrid. En partant, il avait confié à Jean Baptiste Germonio, son neveu et vicaire général, l’administration du diocèse. Celui-ci eut besoin en plusieurs circonstances des services de l'évêque de Genève, en particulier pour les Saintes Huiles du Jeudi Saint. On a conservé un billet de saint François accompagnant leur envoi au chanoine J.B. Germonio (16 avril 1620) :
"Voyla les Saintes Huiles que vous desires, très ayse que je seray toute ma vie de pouvoir rendre quelque digne service a Monseigneur votre oncle, a son Evesché et à vous, a qui je suis de toutes mes forces, et en vous saluant, Monsieur, Vostre très humble confrère et très affectionné serviteur "
Ajoutons qu’au fil des registres, on s’aperçoit que François de Sales est également venu en Tarentaise pour conférer la confirmation et que durant la deuxième longue absence de l’archevêque, il a ordonné de nombreux prêtres pour la Tarentaise. Un tableau de la cathédrale de Moûtiers témoigne de cette activité pastorale du saint en Tarentaise. Il y est représenté conférant le sacrement de confirmation.

 

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Ajoutons une dernière chose, certains ont dit que François de Sales aurait pu devenir archevêque de Tarentaise. Ce n’est sans doute qu’une rumeur, datant de 1614, mais assez répandue pour que le saint l’évoque dans l’un de ses courriers à un parent.
Pour beaucoup, il y a sans doute eu un simple constat : l’archevêque est absent, François de Sales le remplace bien. Pour certains, le constat s’est sans doute doublé d’un vœu : l’archevêque est absent, François de Sales le remplace bien, pourquoi ne pas le nommer en Tarentaise ? La rumeur naît ainsi, même si rien d’officiel ne vient l’étayer.
Que dit François de Sales dans ce courrier. En substance deux choses :
- l’évêque épouse son Eglise. La théologie chrétienne du mariage dit que l’on reste avec son épouse jusqu’à la mort, donc il ne peut y avoir de mutations épiscopales,
- mais Dieu dirige et François se confie à sa grâce. 

 

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François de Sales ne fut point nommé sur le Siège de Tarentaise mais son portrait a bien sa place dans cet archevêché tarin qui doit tant à Mgr Germonio.



   

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Published by musee-moutiers - dans Pour préparer la visite
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