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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 00:06

Un texte proposé aux visiteurs dans la salle 2.

 

La vie du paysan est une vie réglée par l'ordonnancement des saisons. Le retour régulier des choses en fait une vie d'ordre suivant le cours des mois. Ce sont les grands phénomènes climatiques qui règlent cette existence : le réveil printanier, les lourdes chaleurs estivales, les ors de l'automne qui disparaissent en manteau neigeux, sont les points cardinaux du paysan.
Dans le climat chrétien qui fut celui de nos régions jadis, d'autres cycles venaient se superposer au cycle saisonnier : le temps maigre de l'Avent qui débouche sur le cycle lumineux des Douze jours allant de la Noël à l'Epiphanie. Le temps, maigre à nouveau, du Carême qui après un débordement carnavalesque passe par l'imposition des Cendres. Et puis, à nouveau, la joie printanière des Pâques fleuries.
Long chapelet aussi des fêtes mariales qui, de mois de Marie en pèlerinages, viennent rythmer la marche du temps. Longue litanie d'un calendrier où les saints fixent les rendez-vous importants : élèves scolarisés de la sainte Catherine à la saint Aubin, foire de la Croix, fête patronale de la saint Antoine ou de la saint Pierre, rassemblement féminin de la sainte Agathe, la pesée à la montagne le jour de sainte Madeleine... Au fils des jours, fil de la vie ...
Cette vie n'était point monotone car le paysan est celui qui marche dans son pays : pas lourd et lent, à la pesanteur des terres, mais qui sait tirer le meilleur de chaque arpent de terroir.
Au bas dans la vallée, la vigne qui s'étire au soleil, se prélassant en de petites terrasses qui grimpent en des pentes parfois rudes. Plus haut, peut-être une grange, entourée de quelques prés et champs ; plus haut encore le village : maisons blotties autour de l'église entourée du cimetière, four banal, auberge ... Près du ruisseau, le moulin dont les aubes de la roue sont elles aussi une grande horloge au fil de l'eau. Plus haut encore la montagnette où le troupeau viendra renouer avec la flore alpestre au retour des beaux jours. Plus haut toujours, l'alpage, belle pelouse alpine gagnée sur les arcosses à force d'essartages. Plus haut enfin, neiges et glaciers parce qu'il faut bien que le bas soit irrigué.
Au printemps il importait de remettre tout en ordre et d'abord charrier la terre. Les pluies orageuses de l'été ont raviné les champs, descendant la terre au bas de ceux-ci. Il faut donc patiemment remonter celle-ci pour que le rendement soit le même partout. Il faut aussi racler les prés : enlever les taupinières, les feuilles et les bogues des châtaigniers. Dans un âpre déferlement de senteurs, le fumier est sorti des étables et est répandu sur les champs. Vient le temps des labours de printemps où la terre est engrossée de semailles nouvelles. Avoine, seigle et pommes de terre vont entrer dans le cycle de la germination vitale. Avril voit les chèvres reprendre possession des talus. Et au mois de mai, ce sont les vaches qui regagnent la montagnette. Autour du village, les jardins sont aussi l'objet des soins des paysannes.
L 'été éclate sous la lame de la faux et s'épanouit en gerbes de blé. Les vaches ont rejoint l'alpage et les journées de travail se font plus longues tant les tâches à réaliser sont nombreuses. Temps de la récolte où la vie donne ses fruits qui permettront à l'homme d'être encore. Temps du battage à la cadence des fléaux ; grains nettoyés au van et qui iront ensuite craquer sous les meules du moulin.
L'automne se dit sous le signe du retour : démontagnée ramenant les troupeaux au village. Et, malgré que les arbres commencent à se maquiller, les récoltes continuent : pommes de terre, pommes, châtaignes. Temps de la vendange dans les adrets où les grappes de raisin viennent remplir les "bôs" de cuir, avant de connaître les secrètes alchimies des cuves. Temps de la chasse avant que le manteau neigeux ne recouvre de silence le pays.
L'hiver est saison plus lente, plus calme. Une saison d'intérieur pour préparer, réparer, soigner. C'est aussi la saison où l'on a plus de temps pour se rencontrer : de veillées en veillées, au fil des histoires transmises, au fil des petits travaux, ce sont des amitiés et des amours qui se nouent. L'hiver, c'est une saison pour espérer .
"Paysan", c'est ainsi que l'on appelle ceux qui ont épousé un pays et vivent avec lui le pire et le meilleur d'une histoire commencée il y a bien longtemps, celle des épousailles de l'homme et de la nature.

 

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" Et, malgré que les arbres commencent à se maquiller,

les récoltes continuent ..."

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Published by musee-moutiers - dans Pour préparer la visite
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